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09.04.2008

maladie occidentale...ou pas?

Celle qui errait en Océanie -et qui va finir par s’y perdre définitivement- a écrit :

« Après avoir vu les conditions de vie de certains Calédoniens délaissés par les pouvoirs publics, alors que techniquement nous dépendons tous du même centre de décision, j'en suis à me demander si la migraine n'est pas une maladie d'occidental, de pays développé, au même titre que d'autres maladies dont on commence tout juste à mesurer l'ampleur (genre les problèmes de thyroïde). Attention, je ne minimise pas la souffrance et mon propos n'est pas condescendant, d'ailleurs, j'ai eu deux migraines par le passé et je fais de l'hypo/hyperthyroïdie, donc je me mets dans le même panier.

 
Certes, ça n'a rien à voir avec le sujet de ta note, mais bon, ce n'est pas la question.

 
Et si notre mode de fonctionnement n'était pas le bon ? Peut-être qu'on devrait changer notre manière de vivre pour s'éviter ce genre de maladies débiles ?


Ou alors, ces maladies débiles sont le pendant inévitable du "progrès humain". Genre on a l'électricité dans nos maisons et l'inceste n'est plus une norme sociale, mais en échange on se piffre des maladies à la con qui n'existaient pas avant. Ca donne envie.


Pardon pour cette chronique du désespoir global. La prochaine fois, je citerai une blague appropriée (de tête je ne connais que des blagues de blondes et de brigadiers - ce n'est certes pas très approprié).
 »

 

Chère Passante de fort fort lointain,

 

Je profite de ton commentaire pour en faire un nouveau sujet.

Et si notre mode de fonctionnement n’était pas le bon ?

Personnellement, ce n’est pas la première fois que je me pose cette question, et ma réponse est toujours la même : je ne suis pas faite pour habiter en ville, je suis totalement non-underground, toute cette agitation, ces bruits, ce monde, ce n’est pas pour moi.

Alors bordel, qu’est-ce que je fous dans une grande ville ?

La campagne me manque, et parfois, je me dis qu’en effet, ma façon de vivre n’est pas compatible avec mes migraines.

Je sais que quelques personnes qui étaient migraineux sévères ont réussi à faire disparaître quasi totalement leur migraine rien qu’en changeant de ville ou de pays. La métropole et l’agitation sans faille de l’humain est un de mes grands facteurs déclenchant…

D’ailleurs je me rappelle ce témoignage d’une personne partie vivre à l’étranger et qui avait fait un pacte avec la migraine : Elle devait rester à quai, là, posée sur la bite d’amarrage et elle, la valise à la main, elle s’en irait la tête légère… Et l’histoire ne resta pas dans l’imaginaire…6mois plus tard, la migraine ne l’avait toujours pas rejoint dans sa nouvelle vie !

Moi je sais que si je vivais avec des grands espaces verts autour de moi, moi jeune femme civilisée, je n’en serai que mieux. La vie est pleine de contradictions.

Alors, la migraine serait-elle au même titre que la dépression, une maladie occidentale, une fragilité aux facteurs déclenchant somatiques mais comme issue d’une faiblesse d’une civilisation décadente?

Pas facile de trouver des infos on ze web. Etant donné que ma carte étudiante est arrivée à expiration depuis un bail, je vais devoir m’introduire en douce à la bibliothèque de l’université pour trouver des infos (je plaisante, mais je souligne que les infos manquent gravement).

Voilà tout de même ce que j’ai trouvé sur le site de la Fondation LouisJeantet de médecine.

 Un forum du 16/05/02 avec en intervenants, le Dr Christian Meyer, Neurologue à Baden dans le canton d'Argovie, spécialiste des maux de tête et président de la Société Suisse des Céphalées, ainsi que le Dr Fabien Higelin, Médecin interniste à Genève. Il s'intéresse depuis des années aux céphalées.

Question du public.

« Question : Est-ce que la race a une importance sur les maux de tête ?


CM : Non il n'y en a pas. On a fait beaucoup d'étude dans des pays comme les Etats-Unis où plusieurs races vivent ensemble et c'est la même chose avec les maux de tête, les migraines et les céphalées de tension. A New York, à Mexico, en Malaisie, en Inde, on n’a pas trouvé de différences entre les races. C'est une maladie universelle et qui a toujours existé depuis l'antiquité.


FH : J'ai travaillé au Cameroun où je n'ai pas du tout été confronté à ça mais comme le dit le Dr. Meyer, la littérature montre qu'aux Etats-Unis les gens de couleur sont effectivement impliqués de la même façon que les gens de race blanche. Mais c'est vrai que mon séjour africain m'a montré finalement que c'était un problème qui ne se posait pas. Mais cela n'a aucune validité scientifique. »

 

Ma critique : je ne ferai pas très confiance à Christian Meyer, puisque ce médecin pense que la dose minimum de triptan par mois est une bonne boite de 12. Il doit avoir des commissions sur les entrées des centres de désintox’.

Bon. A part ça, il semblerait que les avis divergent, et puis je n’ai que des avis d’européens à vous donner, autant dire, bonjour l’objectivité…

Malheureusement également, les seules études dispo sur le net sont soit européennes, soit étasuniennes. Il semblerait tout de même d’après le site « La communauté des migraineux »  que la migraine touche particulièrement certains types de la population.

-          25% de migraineux parmi les enseignants

-          entre 20 et 25% chez les professions médicales

-          15% chez les cadres et les commerçants

-          9% chez les ouvriers et ouvrier agricoles

La question à laquelle cette étude ne répond pas encore, c’est pourquoi ? Est ce que ces professions sont soumises à un plus grand stress ? Est-ce que ces gens se plaignent plus ou prennent le temps de la prendre en considération, comprennent leur maladie et agissent ? Est-ce que finalement la migraine n’est pas symptomatique d’un malaise dans son mode de vie et de fonctionnement ? Je suis certaine qu’avec un peu plus d’air frais, dans mon cas précis, les migraines et céphalées s’estomperaient. Mais ce n’est qu’un ressenti.

 

Ce qui ressort également de ma petite recherche, c’est que la migraine est une maladie connue depuis des milliers d’années, même si le nom même de migraine n’est apparu qu’au 15ème siècle. Elle était désignée auparavant sous le terme « hémicrânia » d’où le nom de mon blog d’ailleurs.

J’ai trouvé cette citation dans un articlé de Ch. Gérard, sur le site de la ligue belge contre les céphalées. 

« La migraine a vu naître la médecine et la médecine ne verra pas mourir la migraine ».

Pas très rassurant, mais d’un humour certain.

Depuis certains manuscrits égyptiens, en passant par Hippocrate, jusqu’à nos jours, la migraine a connu différents écrits, qu’ils soient scientifiques ou poétiques. La migraine a donc voyagé jusqu’à nos jours et est ancrée dans l’histoire. C’est le problème de sa prise en charge et de la place qu’elle prend dans la société qui est différent. Je pense également que le fait que ce soit certains type de population qui soient touchés vient simplement du fait que ces personnes ont les moyens de se faire prendre en charge, et que leur recherche de guérison passe avant d’autres besoins vitaux. Si depuis un an je me donne autant de mal à éradiquer cette saloperie, c’est qu’aujourd’hui je suis salariée, et non plus étudiante. Ce qui me laisse du temps libre (fini les soirs de révisions à la va-vite) et un confort financier.

Le migraineux n’est reconnu comme tel qu’à partir du jour où il décide de parler à son médecin de ces maux de têtes handicapants.

 

Il me semble donc que la migraine ne soit pas vraiment associée à une société occidentale, mais bien à la façon dont nous vivons. Je pense que les migraineux ne sont pas plus contrariés par les autres par leur environnement, simplement leur corps a cette façon bien particulière de leur faire comprendre son mécontentement.

Dans ce cas, un apport psychologique visant à améliorer une meilleure gestion des situations de tous les jours pourrait être bénéfique ?

Le stress étant un des facteurs déclanchant ou aggravant de la migraine, il semblerait donc judicieux pour un migraineux d’apprendre à se connaître, et de faire en sorte de pouvoir vivre en fonction de ses besoins, d’aller vers un comportement plus en harmonie avec soi-même, tout simplement. De toute façon, c’est évident que ce n’est pas sans intérêt pour l’être humain, que c’est sans intérêt pour notre société, bref, il y a un hic, et je vais sérieusement me mettre à y réfléchir.

Merci encore à la passante d'Océanie

Lucie. 

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Commentaires

Dans notre monde actuel, la conscience se sent perdue, désorientée.
Cela provient en premier lieu de ce que l'Homme a perdu le contact avec ses instincts, phénomène qui est dû au développement contemporain de l'esprit humain. plus l'Homme s'est emparé de la nature, et plus l'admiration qu'il ressentait pour son propre savoir et pouvoir lui est monté à la tête et plus s'est approfondi son mépris pour tout ce qui n'était que naturel et occasionnel, c'est à dire pour les données irrationnelles de la vie, dans laquelle il faut inclure la psyché autonome, objective qui est précisément tout ce qui est en marge du conscient. Car à l'oposé du subjectivisme du conscient, l'inconscient est objectif, dans la mesure où il se manifeste principalement sous forme de sentiments irrépressibles, de fantasmes, d'émotions, d'impulsions et de rêves qui ont tous ensemble le trait commun de ne pas être fabriqués intentionnellement. Ils donnent l'impression que "ça" nous tombe dessus...
La psychologie est encore aujourd'hui dans sa plus grande part la science des contenus conscients... L'âme individuelle au contraire, qui finalement est la seule réelle en mon sens, fut ravalée au rang d'une phénoménologie marginale et occasionnelle, relevant quasiment du hasard, qui ne peut se manifester dans l'homme en tant qu'être irrationnel, c'est à dire dans le seul homme véritable, fut tout simplement ignoré.

Cette ignorance pourtant ne relevait ni d'une inattention, ni d'un simple manque de savoir ; elle reflète une résistance positive contre la simple possibilité qu'on ne puisse être une unité homogène et rationnelle, contre la simple possibilité qu'il puisse exister, à coté du moi, une seconde instance et une seconde autorité psychique.

Et pourtant c'est cette part d'incertitude qui compose le rempart qui me protège, moi homme ou femme isolé(e), de la dissolution dans la masse.

La migraine comme toute maladie profondément ancrée en soi, comme une fibre tissée entre l'esprit et le corps, ne peut se maitriser sans la connaissance des deux tenants. Acceptant et revendiquant même notre part de lumière, il faudrait aussi prendre en considération son ombre avec autant de sérieux.

(inspiré de Present & Avenir, C.G. Jung)

Ecrit par : Dr Gnüje | 10.04.2008

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